L’Autre côté

Il était une fois un écrivain de l’imaginaire intranquille et peintre du voir inconfortable dont l’œuvre inquiète force encore notre regard et notre lecture.

Alfred Kubin (1877-1959), auto-proclamé « fossoyeur artistique de la vieille Autriche impériale et royale » (lettre à Ernst Jünger, avril 1938) mais reconnu par ailleurs comme le « Goya autrichien » de l’apocalypse non joyeuse du siècle passé, est surtout connu par L’Autre côté (José Corti, 2013).

Ce siècle avait neuf ans quand ce récit unique, sublime et dérisoire est écrit et illustré par l’auteur lui-même et suscite toujours un siècle après l’intérêt d’autres artistes : Bruno Mantovani, François Regnault, Emmanuel Demarcy-Motta (Opéra de Strasbourg, 2006), Krystian Lupa (Théâtre de la Ville, Paris, 2012), après avoir influencé, de leur aveu même, les surréalistes, les essayistes et philosophes (Gilbert Lascault), les illustrateurs, les photographes, et même Kafka ou Walter Benjamin.

Alors dans la Puisaye, vieille terre burgonde, mais plus modestement jetant dans le projet la graine d’un débat, nous avons demandé ce que représentait pour eux ce visionnaire de la déchéance à des amis et des artistes dont la démarche, les réflexions et les intentions pouvaient être remises en cause dans leur propre exercice de la création artistique.

C’est ainsi que grâce à la générosité qui ne trompe pas sur la valeur d’un artiste, la Biennale Internationale de Stonefield (B.I.S) vous offre, en plus de la chance de voir des œuvres d’artistes polonais, syriens, franco-chilien, franco-brésilien, etc. l’occasion de vous demander ce qu’il y a, finalement, de « l’Autre côté » ?

Vernissage le dimanche 4 septembre 2016

L’exposition se poursuit les samedis et dimanches après-midi des week-ends de septembre 

AFFICHE SCAN-rec-lightAlfred KUBIN  Devant les marches  1900-1903

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Alfred KUBIN

1877-1959

legende-kubin

1 | Famine – 1903 16.6 x 30.6 cm
2 | La tête de Patera – 1908 – dimensions inconnues
3 | Fantôme du lac – 1905 – 29.5 x 34.5 cm
4 | La Guerre – 1903 – 22.6 x 2Z9.9 cm
5 | Carnaval – 1904 – 16.6 x 24.8 cm
6 | La science – 1903 – 29.3 x 25.7 cm
7 | L’Homme – 1902 – dimensions inconnues
8 | Scorpion – 1935 – 34.1 cm x 20.4 cm
9 | Saut de la mort – 1901 – 30.2 x 22.7 cm
10 | Victime païenne – 1900 – 14.5 x 17.5 cm
11 | L’Epouvante – 1903 – 27.5 x 27.5 cm
12 | La mort au patinage – 1938 – 39.3 x 31.7 cm
13 | Illustration pour « double assassinat dans la rue morgue » – 13.5 x 10 cm
14 | Devant les marches – 1903  – 28,6 x 40 cm

 

Dessinateur, graveur, peintre, illustrateur et écrivain, Alfred Kubin, né à Litoměřice en Autriche-Hongrie (actuellement République tchèque), entre à l’Académie de Munich et expose pour la première fois son travail en 1902 à Berlin. Il séjourne et travaille ensuite à Paris, en Italie, en Suisse et dans les Balkans.

Associé au groupe du Blaue Reiter dont font partie Paul Klee et Vassily Kandinsky, il développe son propre style qu’on peut peut dire être entre symbolisme et expressionisme et qui en fait l’un des précurseurs du surréalisme. Ses œuvres portent la marque de celles de Goya, Bosch, Ensor, Munch et Odilon Redon.

Son roman, L’Autre côté (1908), raconte comment le héros, artiste comme son auteur, se trouve un beau jour sollicité, par l’un de ses anciens camarades de classe de Salzbourg, Claus Patera, de venir s’installer dans l’étrange empire qu’il a fondé́ aux confins de l’Asie et qu’il a appelé́ l’Empire du rêve. L’artiste quitte l’Autriche avec sa femme pour ce lieu fantastique. Les déconvenues viendront vite : la cité n’a rien de neuf ; inquiétante et nauséeuse, elle est en décrépitude et des animaux de toutes sortes l’envahissent. Sa femme tombe malade et meurt. On apprend qu’un riche Américain entend racheter l’Empire du rêve. S’ensuit une lutte à mort entre les deux adversaires. Patera y périt, l’artiste revient en Europe quasiment fou.

Le roman est illustré par Kubin lui-même, qui a aussi illustré des livres de Dostoïevsky, Gogol, Gérard de Nerval, Franz Kafka et Edgar Allan Poe.

L’Autre côté a été, sur un livret de François Regnault mis en musique par Bruno Mantovani et mis en scène par Emmanuel Demarcy-Mota, crée par l’Opéra du Rhin à Strasbourg en 2006. Le roman a aussi été mis en scène au Théâtre de la Ville à Paris par le metteur en scène polonais Krystian Lupa (saison 2012-2013).

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Le regard de l’escargot

escargotBiennale de Stonefield 2014

    Stonefield, qu’est-ce à dire ? C’est le nom de la propriété de Jacques et Élisabeth Adam, aux confins de la Puisaye et de la Bourgogne, un lieu très champêtre où se trouveront exposées pendant un mois les œuvres d’amis, de collègues, d’artistes généreux qui se prêteront au jeu du thème que nous avons choisi pour cette première édition de la Biennale de Stonefield :

                 Le regard de l’escargot

    L’escargot ? La Bourgogne ? Facile !

    Mais non, pas du tout. Le regard de l’escargot, parce que Daniel Arasse, ce fin limier du détail, qui a analysé, entre autres, avec son brio habituel un tableau de Francesco Del Cossa (L’Annonciation, 1470)*, nous a donné l’idée de mettre les objets que nous voyons à la question dans cette anomalie invraisemblable d’un escargot peint là, par l’artiste, en bas du tableau, un escargot qui se ballade sur le fond d’un thème hautement religieux et qui semble vraiment ne rien avoir à faire avec l’histoire, et pourtant…

    Alors, ce n’est pas tant l’escargot qui nous retiendra, pauvre chose égarée de la nature ajoutée aux artifices de la culture, mais ce que notre regard peut en faire. Et ce que tout objet, dès qu’il est convoqué, peut modifier de notre regard même. Question d’interprétation !

    Mais c’est surtout là tout le thème du problème de la représentation et de ses limites. Ce qu’on regarde, est-ce bien ce qu’on pense voir ? Savons-nous vraiment ce qu’est l’objet qui nous regarde ? Et quand il nous retient, est-ce plus du lieu de son espace fictif que de son espace réel ?

    C’est le mode d’entrée de notre regard dans tout ce qui se propose à lui qui sera interpellé à La Biennale, devant les tableaux, les installations, les photos, les sculptures de nos invités qui les partageront avec les visiteurs dont vous ferez partie en nous rejoignant pour le vernissage le :

Dimanche 7 septembre 2014
toute la journée

    Si ce ne peut être pour cette amicale et conviviale rencontre d’un vernissage, sachez que nous serons là aussi tous les week-ends de septembre, pour partager avec vous cette expérience d’une « conversion du regard » (l’expression est de Daniel Arasse), qui mérite le détour par le lieu que nous vous indiquons maintenant et où nous vous attendons :

La Biennale de Stonefield

* Daniel Arasse, On n’y voit rien (Denoël, 2000)